risque de pénurie d'engrais, dit Yara

risque de pénurie d’engrais, dit Yara


Delphine Jeanne

Terre Net Media

Si les usines françaises de Yara, leader mondial des engrais minéraux azotés, tournent à plein régime, le risque de pénurie existe, explique le groupe, puisque le marché français importe 60% de ses besoins, dans un contexte où la flambée des prix du gaz a contraint plusieurs usines européennes à fermer. Cette situation rend d’autant plus urgente l’accompagnement des pouvoirs publics pour permettre aux industriels du secteur de réaliser les investissements nécessaires à la décarbonation.

Nicolas Broutin, président de Yara France, et Delphine Guey, directrice des relations publiques, le 20 septembre à Paris.Nicolas Broutin, président de Yara France, et Delphine Guey, directrice de la communication, des affaires publiques et de l’engagement sociétal, le 20 septembre à Paris. (© Terre-net Média)

UNavec une augmentation des coûts énergétiques de l’ordre de + 500% pour l’électricité et + 341% pour le gaz Entre 2021 et 2022, la production d’ammoniac en Europe ne permet plus de fabriquer des engrais de manière compétitive, explique Nicolas Broutin, président de Yara France, qui tenait une conférence de presse le 20 septembre. Aujourd’hui, le coût de production d’une tonne d’ammoniac est entre 2 500 et 3 000 dollars, “alors que cette même tonne vaut 1 300 euros sur le marché international”, poursuit-il. Dès lors, 65 % des productions du groupe norvégien sont arrêtées en Europe, « pour une durée indéterminée ».

En France, les usines tournent à plein régime

L’importation d’ammoniac, principalement de Trinidad, d’Amérique du Nord ou d’Australie, permet aux trois usines de Yara de fonctionner en France. Néanmoins, “la France importe 60% de ses engrais », se souvient Nicolas Broutin. « La rareté est possible », explique-t-il, car si la production continue en France, elle s’arrête ailleurs, par exemple en Belgique, où l’usine de Tertre va arrêter ses activités dans les prochains jours. Pourtant, elle fournit 20 à 25 % des engrais de Yara sur le marché français, Yara représentant au total 45 % du marché français des engrais minéraux. Sans compter que des problèmes logistiques s’y ajoutent, avec difficultés importantes à trouver des camions Pour les transports.

Un appel à soutenir le secteur

Après le boom du marché en 2021, suite à une perte de capacité de production liée à la crise sanitaire, et un marché des céréales bien orienté, la guerre en Ukraine a donc fait repartir les prix à la hausse », et la perspective reste ferme », ajoute le président de Yara. “Ce qui pourrait y remédier, ce serait la destruction de la demande”, explique-t-il, par exemple dans les zones d’élevage où les producteurs, fragilisés par la sécheresse, n’auraient plus les moyens d’acheter de l’eau. ‘azote. Une baisse de la demande qui serait environ – 15%, selon Yara. Or, “c’est la production alimentaire qui disparaît”, prévient Nicolas Broutin, qui appelle les pouvoirs publics à soutenir les segments fragilisés la production agricole, mais aussi l’industrie des engrais à long terme. “Construisons un soutien dans la durée pour ce secteur, il faut à tout prix éviter qu’il ne s’effondre dans les mois à venir”, prévient-il.

Accompagner l’industrie pour accélérer la décarbonisation

Car l’augmentation des importations a des conséquences sur l’empreinte carbone et la souveraineté alimentaire. C’est bien l’urée qui représente les trois quarts des engrais importés, pourtant son efficacité agronomique est inférieure à celle du nitrate d’ammonium, et la production de ces engrais importés est moins vertueuse qu’en France.

“Nos activités sont considérées comme problématiques, mais nous disons qu’il y a beaucoup de solutions, dont certaines ont déjà été mises en place, pour le décarburation, depuis 20 ans. L’industrie peut aller plus loin, si elle peut continuer à investir », insiste le président de Yara France.

Accélérer la décarbonation

La crise énergétique renforce également ce besoin d’accélérer les alternatives. Yara met en œuvre plusieurs solutions pour produire des engrais 100 % décarbonés d’ici 2030. Sur le site de Montoir-en-Bretagne (Loire-Atlantique), les émissions ont été réduites de près de 100 % grâce à des technologies de nettoyage catalytique empêchant l’émission de protoxyde d’azote.

La production hydrogène vertde l’électrolyse de l’eau et via l’utilisation d’énergies renouvelables, devrait également augmenter, d’autant plus que les prix actuels de l’énergie ont considérablement réduit le différentiel de compétitivité de cette technologie. Le déploiement est prévu en Norvège dès 2023.

Cependant, ces nouvelles techniques doivent s’accompagner d’une réduction des usages. “Il faut économiser”, être plus efficace, estime Nicolas Broutin, pour qui les outils de précision doivent se généraliser. Aujourd’hui, « 85 % des blés sont fertilisés sans ce contrôle, ce qui permet de vérifier en permanence que les nutriments apportés correspondent aux besoins de la plante », regrette-t-il. Yara propose ainsi plusieurs solutions pour améliorer l’efficacité l’utilisation des nutriments au regard de la rentabilité économique mais aussi de l’empreinte carbone (AtFarm, Yara N-Tester, Yara N-Sensor notamment).

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