Pourquoi Chelsea a-t-il parié sur Graham Potter ?

Pourquoi Chelsea a-t-il parié sur Graham Potter ?

Il n’est pas le plus connu, notamment dans les autres grands championnats, mais il faudra néanmoins s’habituer à son visage. A 47 ans, Graham Potter a été désigné pour succéder à Thomas Tuchel et redresser la situation sportive à Chelsea. Le limogeage de l’Allemand a autant surpris que la nomination de celui qui était encore entraîneur de Brighton il y a quelques jours. Sans être un grand nom dans son domaine, ce grand blond élancé s’est forgé une solide réputation en Angleterre et au Pays de Galles, mais aussi en Suède, où il a fait naître sa légende, au point d’être préféré à Mauricio Pochettino ou encore à Zinedine Zidane. . A y regarder de plus près, c’est une question de destin, de méthodes de travail non conventionnelles, le tout saupoudré d’un brin de magie, comme seul le sport peut en offrir.

Quelle est la prochaine après cette annonce

Disons-le tout de suite, ça ne se résumait pas au CV. L’ancien défenseur central s’est contenté d’une carrière de second ordre, dont le pic fut une poignée de matchs de Premier League avec Southampton et une sélection avec les Espoirs anglais en 1996. Moins brillant que certains de sa génération (Beckham, les frères Neville, Butt, Southgate), il a rapidement arrêté à 30 ans pour embrasser le destin d’entraîneur. “J’étais un très mauvais joueura reconnu la personne concernée Pays de Galles en ligne en 2018. Je savais que je n’allais pas avoir les opportunités en tant que joueur avec une carrière de star. Ma mère m’a toujours poussé à poursuivre mes études et j’aimerais penser que cela m’a rendu plus complet.

Un entraîneur diplômé d’université

Dès le départ, Potter dénote. Sa carrière de joueur n’étant pas encore terminée, il obtient un premier diplôme en sciences sociales à l’université de Hull, puis, plus tard, un master “en leadership et intelligence émotionnelle” à la faculté de Leeds. « J’avais besoin d’essayer de gagner en confiance. Je ne voulais pas seulement être l’ex-footballeur. Je voulais être plus que ça et j’aimais apprendre”il continue. « Sans ces expériences dans l’enseignement supérieur, je n’aurais pas pu faire ce travailsoutient celui dont Gardien peint le portrait en 2016. J’ai appris une approche plus holistique et je me suis préparé à l’expérience du travail à l’étranger, où vos croyances culturelles sont remises en question et, parfois, bouleversées.

Parallèlement, il troque les bancs de l’université pour les bancs de touche. Ses premières expériences ont eu lieu avec des équipes universitaires. Il a même participé à la Coupe du monde féminine 2007 en tant que directeur technique du Ghana. Puis vint l’appel téléphonique en décembre 2010 qui allait changer sa vie. C’est Daniel Kindberg à l’autre bout du fil. Cet ancien militaire lui propose de prendre la tête de l’Östersunds Fotbollsklubb (ÖFK), un tout jeune club suédois né d’une fusion, sans le sou, et qui vient de descendre en 4e division où tout est à reconstruire. « Nous n’avions presque rien : deux joueurs, un stade, un employé à temps partiel et un budget annuel de 300 000 € »a retracé le président jusqu’à ESPN en 2017.

La folie Östersunds

Ce dernier s’est fixé une ambition complètement folle. Il vise ni plus ni moins que la Ligue des Champions. Autant dire que la route sera longue. Pour étancher sa soif de réussite, il cherche une méthode aussi improbable que son objectif de C1. C’est alors qu’une certaine Karin Wahlén fait son apparition dans sa vie. Originaire d’Östersunds et fille d’un ancien professeur devenu membre du club, cette responsable d’une agence de communication à Stockholm a été élevée avec un certain attrait pour le football et les livres. Après un premier rendez-vous raté, Kindberg ne s’étant pas présenté, elle finit par décrocher son entretien et lui parle tout de suite de son idée plutôt originale pour faire progresser les footballeurs : les initier à la culture.

C’est à elle de« une clé qui ouvre des portes et permet de se sentir chez soi dans des endroits où, sans nom de famille ni portefeuille bien garni, on ne serait pas à l’aise. » Elle repart avec une arme à feu, persuadée qu’au mieux, on lui rira au nez. “Comme j’étais persuadé qu’il me dirait non, je n’étais pas stresséelle raconte le Monde. J’ai commencé à parler de Bourdieu, de l’importance du capital culturel et de la façon dont on allait l’utiliser pour gagner des matchs. C’est là que l’irrationnel entre en jeu. Le discours de Wahlén fait mouche auprès de ceux qui entendent diriger leur club autrement. “Cela correspondait parfaitement à ce que nous essayions de faire.” Et pour mener à bien ce projet disruptif, il a besoin d’un coach atypique : Graham Potter.

Développer les joueurs et les hommes

Malgré les -25° à son arrivée en Suède et les 5 heures de route de la capitale, le jeune Anglais n’est pas du genre à se faire peur. Homme de défis nourri par son parcours universitaire, il accepte de mettre en place ces méthodes de travail originales, tout en appliquant une doctrine de développement personnel. En plus des formations, les joueurs participent à des ateliers de lecture, assistent à des expositions, échangent avec des écrivains. « Nous avons fait du théâtre, nous avons peint, nous avons dansé, nous avons chanté. J’ai fait tout ça mais c’est pas plus simple ! Ça nous a sortis de notre zone de confort, mais surtout ça nous a aidés à nous unir, à être une équipe.déploie le milieu de terrain, Jamie Hopcutt.

Autre (divergent dans la langue régionale du Jämtland) devient le mot à la mode chez ÖFK mais ça marche. Les joueurs achètent et, plus important encore, gagnent des matchs. On peut même parler de miracle. Le club est monté en 3e puis en 2e division, ce qui n’était jamais arrivé dans son histoire. Promue coach culturelle, Karin Wahlén passe ensuite à la vitesse supérieure. Elle rend l’atelier théâtre obligatoire pour l’équipe première, les équipes de jeunes et le staff afin de se produire en public. Tout cela coûte aussi de l’énergie et le début de saison dans l’antichambre de l’élite suédoise est complètement raté. Pourtant, après la soirée de la première, les joueurs font la fête, soulagés et fiers, et, comme par magie, recommencent à gagner…

La Ligue Europa comme tremplin

L’expérience est si vaste que l’ÖFK a tout simplement dû refuser deux invitations sur les grandes scènes de la capitale pour y danser. Le lac des cygnes. Il s’agit tout de même de garder la tête froide dans le football, même si chaque saison, et la popularité grandissante du club, a droit à son lot d’initiatives culturelles et de plus en plus politiques (manifestation contre l’extrême droite, message de soutien à la communauté LGBT-friendly, etc.). Deux ans après la dernière ascension, Potter a obtenu le billet gagnant pour la Premier League, où il a terminé 7e lors de sa première année. Un an plus tard, c’est la consécration avec un succès en Coupe de Suède. Ce n’est pas encore la Ligue des champions rêvée par Kindberg mais cette qualification pour la Ligue Europa ressemble à une victoire en Coupe du monde pour les Suédois.

Mieux que ça, le club y brillera, laissant Galatasaray, Fola Esch et PAOK lors des tours préliminaires, puis terminant 2e de leur groupe à égalité de points avec l’Athletic, devant Zorya Louhansk et Hertha Berlin. La belle aventure s’arrêtera net en huitièmes de finale. Östersunds est battu par Arsenal (0-3, 2-1), non sans avoir secoué les Gunners au retour puisqu’ils menaient d’un break après 25 minutes de jeu. Cette élimination marque également la fin de l’histoire entre Potter et ÖFK. Le technicien quitte le club à la 5e place de l’Allsvenskan, le meilleur classement de son histoire. Il a réussi l’exploit de propulser le club vers l’Europe, en plus de se donner un gros coup de pouce pour sa carrière.

Un passage en demi-teinte à Swansea avant de s’envoler pour le PL

Étonnamment, ce n’est pas la Premier League qui vient pour lui. Il rejoint Swansea, relégué en Championship à l’été 2018, mais les résultats sont décevants, malgré un match alléchant. Les Swans ont terminé 10e, tout en proposant un contenu unanimement reconnu par les observateurs, notamment après une défaite étourdissante en quart de finale de la FA Cup face à Manchester City 3-2, après avoir mené 2-0. De quoi convaincre Brighton de venir le chercher l’été suivant contre 3,5 M€. Potter incarne cette nouvelle génération de coachs anglais aux idées innovantes. Face aux mastodontes du championnat, il doit trouver des solutions, comme en Suède, pour permettre au club de la cité balnéaire de durer en Premier League.

Destinés à se battre pour le maintien, les Seagulls remplissent leur mission, tout en développant un jeu offensif. Saison après saison, l’équipe progresse même. Grâce à des joueurs comme Neal Maupay, Leandro Trossard, Marc Cucurella, Ben White, Yves Bissouma et le gardien Robert Sanchez, Brighton a terminé à la 9e place en mai dernier avec la 6e défense du championnat. Assez de performances pour convaincre Chelsea de lui proposer un contrat et un poste en or. « C’est agréable de pouvoir passer à l’étape suivante et de pouvoir travailler avec un groupe de joueurs passionnant. Jouer en haut du tableau et essayer de créer une équipe gagnante est une opportunité fantastique pour moi. Les Bleus sortent d’un mercato à 280 M€ et attendent des solutions, sûrement autres que de mettre Sterling and co sur les planches.

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