Moutarde, huiles, biscuits, papier toilette : faudra-t-il s'habituer aux pénuries ?

Moutarde, huiles, biscuits, papier toilette : faudra-t-il s’habituer aux pénuries ?

Papier toilette, gâteaux au chocolat, huile de tournesol, moutarde, pas un mois sans pénurie dans les rayons des supermarchés. Les pénuries inquiètent les consommateurs sans faire affaire pour les commerçants.

Pénurie! Ce mot est devenu courant pour les consommateurs qui voient des produits disparaître des rayons. Chaque mois, un nouveau vient s’ajouter à la liste avec des raisons différentes (pandémie, guerre en Ukraine, sécheresse, transport…) pour voir les ruptures de stock et les prix grimper de manière alarmante.

Rien n’est épargné : du papier toilette au biscuit en passant par la moutarde, le fromage, le beurre, les pommes de terre et bien sûr l’énergie comme l’électricité, le gaz et même les granulés de bois. Même certains médicaments ont été touchés par ce phénomène.

Quelques explications sur ces phénomènes inquiétants qui déroutent les consommateurs et ne font pas l’affaire des grandes surfaces.

• La fin de l’abondance ?

Les images deviennent familières : rayons vides des supermarchés, produits introuvables, voire disputes sur le dernier paquet de farine ou la dernière bouteille d’huile. Dans le quotidien Le Parisien, un représentant de Système U assurait récemment n’avoir “jamais connu de ruptures d’approvisionnement d’un niveau aussi élevé”.

Il y a l’huile de tournesol, depuis l’invasion de l’Ukraine, grand producteur de cette plante, par la Russie. Ou du papier toilette au début de l’épidémie de Covid-19 en 2020. Depuis le début du conflit en Ukraine, de début mars à mi-août, c’est la moutarde, les vinaigrettes, les softs, les chips, les huiles ou encore la volaille. qui ont été touchés, selon un baromètre établi par le panéliste NielsenIQ.

Toujours est-il que 96,4% des références restaient disponibles dans les rayons en août, selon cette même source. Mais le taux de ruptures, qui durent en moyenne 4 jours, est anormalement élevé dans un pays habitué à ne rien rater.

• Comment s’expliquent ces ruptures ?

Jusqu’à l’épidémie de Covid-19, l’approvisionnement des magasins était une machine bien huilée. Avant de passer commande, les commerçants se basaient sur les ventes de la même période des années précédentes, en tenant compte d’événements particuliers comme les fêtes de fin d’année ou l’arrivée des beaux jours.

Mais depuis 2020, entre confinements, télétravail et impact de la guerre en Ukraine, les prévisions sont beaucoup moins précises. Tous les acteurs s’accordent à dire que ce sont surtout les achats dits “de précaution” qui vident les rayons : les clients, apprenant que les récoltes de moutarde ont été mauvaises, ou voyant que les rayons sont déjà bien vides, seront tentés d’acheter plus de ces produits que d’habitude, pour les stocker à la maison.

“Au moins en juin, on n’avait plus de moutarde parce qu’on avait atteint notre chiffre de l’année”, expliquait récemment sur RMC/BFMTV Michel-Edouard Leclerc, le président du comité stratégique des magasins E.Leclerc. Les Français ont acheté en six mois ce que le leader de la distribution pensait vendre en un an.

“Si je cite une marque” qui pourrait bientôt s’épuiser, “tout le monde va se précipiter” pour l’acheter, a aussi déclaré Michel-Edouard Leclerc.

Cet empressement échappe aux modèles prévisionnels des entreprises, qui voudront passer commande en même temps, engorgeant la chaîne d’approvisionnement. De plus, les fournisseurs peuvent être tentés de facturer plus car les stocks disponibles sont très disputés.

• Les commerçants y sont-ils intéressés ?

Si l’huile de tournesol a fait son grand retour dans les magasins, c’est souvent à des prix plus élevés, ce qui laisse penser que les supermarchés profitent de la crise. Les professionnels répondent que ces fournitures leur coûtent, tout comme l’emballage et le transport. Mais comme la demande est forte, certains ont pu être tentés par des prix plus élevés.

En tout cas, les commerçants n’aiment pas laisser les rayons vides, ce qu’ils perçoivent comme un manque à gagner, estimé par NielsenIQ à 2,7 milliards d’euros depuis le début de l’année. Un chiffre à nuancer cependant, car il ne tient pas compte des “surventes” réalisées lorsque le produit est disponible en rayon.

• Licenciements volontaires ?

Cependant, certaines ruptures sont choisies par les professionnels, qu’ils soient agro-industriels ou distributeurs. Les fans de Mikado, Petit Ecolier, Pépito ou Pim’s ont récemment remarqué que certains de leurs produits manquaient dans les rayons. C’est la conséquence de la décision du groupe propriétaire de ces marques, Mondelez, de “nettoyer en profondeur” un site de production, suite à une alerte à la salmonelle dans une usine belge d’un de ses fournisseurs de chocolat, et après s’être assuré qu’aucun produit proposé à la vente contient du chocolat contaminé.

Autre scénario : les eaux du groupe Danone, dont Evian, Badoit, Volvic. Dans de nombreux magasins Intermarché, ils ne sont plus vendus. Pas d’arrêt de production, mais un désaccord entre le fabricant et le commerçant sur le coût d’achat.

Pascal Samama

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