Le pari budgétaire de Liz Truss chahute la livre

Le pari budgétaire de Liz Truss chahute la livre

Liz Truss et Kwasi Kwarteng, nouveau chancelier de l’Échiquier. JESSICA TAYLOR/CHAMBRE DES COMMUNES/via Reuters Connect

RÉCIT – Baisse d’impôts, soutien aux ménages… Le nouveau gouvernement britannique va augmenter ses dépenses.

Correspondant à Londres

Un « mini-budget » pour des « maxi-effets » sur la croissance. Le nouveau chancelier de l’Échiquier a voulu frapper fort, ce vendredi, en dévoilant le plan du gouvernement pour « renverser le cercle vicieux de la stagnation ». Un pari politique pour Liz Truss, qui prend le risque de grever un peu plus les finances publiques.

A la Chambre des communes, Kwasi Kwarteng s’est vanté “une nouvelle approche pour une nouvelle ère axée sur la croissance” – dont Truss veut doubler le taux, à 2,5 % -, avec des baisses d’impôts historiques d’un coût estimé à quelque 45 milliards de livres (50 milliards d’euros) d’ici 2026-2027. Il a ainsi confirmé les mesures promises par Liz Truss lors de sa campagne. La tranche de 45 % du barème de l’impôt sur le revenu – pour les plus de 150 000 livres – est supprimée (le taux maximum sera de 40 %). Tout comme la hausse des cotisations sociales prévue par le gouvernement Johnson. Annulée à nouveau, la hausse prévue de l’impôt sur les sociétés. Enfin, la taxe sur les transactions immobilières sera revue à la baisse.

Pour faire face “la pire crise énergétique depuis des générations”, le ministre des Finances a confirmé des mesures pour soutenir les particuliers et les entreprises. À partir de 1est En octobre, les factures de gaz et d’électricité seront gelées pendant deux ans, avec un plafond de 2 500 livres (2 800 euros) pour un ménage moyen. Et les factures des entreprises seront payées à moitié par l’État pendant six mois. Ce plan de soutien devrait coûter 60 milliards de livres pour les six premiers mois, a estimé Kwasi Kwarteng.

Pour rendre le pays attractif à l’ère post-Brexit, le gouvernement veut déréglementer massivement. Toutes les lois héritées de l’Union européenne seront révisées en 2023 et 38 “zones d’investissement” défiscalisées seront créées. Le gouvernement fait aussi des gestes envers la City en supprimant le plafond des bonus des banquiers et en promettant “un paquet ambitieux de déréglementations” d’ici la fin de l’année.

L’équipe Truss attaque également sur le front de l’emploi, Kwasi Kwarteng voulant “remettre la Grande-Bretagne au travail” alors que les pénuries de main-d’œuvre continuent de peser sur l’économie. Accès au revenu minimum (crédit universel) s’accompagnera d’obligations telles que la preuve d’une recherche effective d’emploi. Le gouvernement veut aussi réglementer davantage le droit de grève.

L’opposition travailliste dénonce une “pari désespéré” et une “planifier pour les riches”, avec un retour à la doctrine thatchérienne. Liz Truss a elle-même admis qu’il favorisera avant tout les plus riches, du moins dans un premier temps, car elle parie sur une “ruissellement”.

“Trajectoire insoutenable”

Mais, plus largement, les « Trusonomics » suscitent des inquiétudes et de sérieux doutes sur la responsabilité budgétaire du gouvernement et la santé des finances publiques. Le gouvernement a relevé de 72 milliards de livres ses plans d’émission de dette pour l’exercice en cours. L’Institute for Fiscal Studies estime que le gouvernement fait un “gros pari”, soulignant que ces réductions d’impôts sont les plus importantes depuis le budget de 1972, qui s’est soldé par un désastre en raison de son effet inflationniste. Et que le plan Truss pourrait mettre la dette sur un “trajectoire insoutenable”. La Banque d’Angleterre, qui s’attend à une inflation à deux chiffres pour les mois à venir, estime que le soutien aux factures d’énergie l’atténuera, mais que les cadeaux fiscaux pourraient annuler cet effet. La Banque d’Angleterre prévoit une récession dès le troisième trimestre.

Signe d’inquiétude générale, le coût d’emprunt sur 5 ans pour le Trésor a connu vendredi sa plus forte hausse en un jour depuis 1991. Et la livre a chuté de 3 %, sous le seuil symbolique de 1,10 dollar, pour la première fois depuis trente-sept ans, s’approchant d’un plus bas historique.

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