La Banque d’Angleterre relève son taux et considère l’économie déjà en récession

publié le jeudi 22 septembre 2022 à 18h05

La Banque d’Angleterre a annoncé jeudi une hausse marquée de son taux directeur pour tenter de juguler l’inflation, moins brutale toutefois que celle adoptée la veille par la Réserve fédérale américaine (Fed), alors que l’économie britannique devrait entrer en récession à partir du troisième trimestre.

Le Comité de politique monétaire (MPC) était divisé : sur neuf membres, “cinq ont voté pour une hausse de 0,50 point” à 2,25%, explique la BoE dans un communiqué, ce qui porte le taux à un sommet depuis 2008.

La Banque estime également que l’inflation au Royaume-Uni culminera en octobre à un peu moins de 11 % en glissement annuel, contre 13 % prévus jusqu’à présent.

La division du MPC au Royaume-Uni reflète les hésitations des banquiers centraux du monde entier : ils peinent à lutter contre l’inflation, provoquée notamment par la flambée des prix de l’énergie depuis le début de la guerre en Ukraine, mais risquent de les alourdir l’activité économique mondiale déjà en difficulté en rendant les emprunts plus chers.

Dans les dernières 24 heures, outre la Fed, la Banque centrale suisse a relevé ses taux de 0,75 point, tandis que la Banque de Norvège, comme la BoE, s’est contentée d’une hausse de 0,5 point.

L’institution monétaire japonaise a quant à elle maintenu sa politique monétaire ultra-flexible, même si le gouvernement a annoncé qu’il interviendrait sur le marché des changes pour soutenir le yen.

– Incertitude politique –

Au Royaume-Uni, l’incertitude est grande en raison des annonces budgétaires attendues vendredi du nouveau gouvernement de la Première ministre conservatrice Liz Truss.

La BoE prévient qu’après la présentation du “mini-budget” vendredi, elle devra étudier en détail les mesures annoncées pour décider de ses prochaines actions sur les taux.

La mesure phare est actuellement le gel des factures d’électricité pendant deux ans pour les particuliers, et la prise en charge d’environ la moitié du coût de l’énergie pour les entreprises.

Cela a conduit la Banque d’Angleterre à revoir à la baisse ses prévisions d’inflation.

Cependant, il devrait rester au-dessus de 10% pendant plusieurs mois avant de retomber, prédit la BoE.

– Récession britannique –

Les membres du MPC qui auraient aimé voir la BoE emboîter le pas de la Fed et de la Banque nationale suisse avec une hausse de 0,75 point admettent que le plafonnement du prix de l’énergie va modérer l’inflation à court terme et aider les ménages.

Ils craignent toutefois que cela ne stimule les dépenses de consommation et donc la hausse des prix à plus long terme.

“Remonter les taux plus rapidement maintenant permettrait de ramener l’inflation vers son objectif de moyen terme, et de réduire le risque d’un cycle plus long et plus coûteux” de hausses, défendent-ils selon le compte rendu publié jeudi de leur réunion de veille.

Des économistes comme Ian Stewart, analyste chez Deloitte, estiment que la banque centrale britannique est loin d’avoir terminé son resserrement monétaire.

“Nous nous attendons à ce que les taux doublent à nouveau avant le milieu de l’année prochaine, ce qui limitera les prêts et pèsera sur une économie déjà courbée”, a déclaré Ian Stewart, analyste chez Deloitte.

Et l’activité économique britannique est déjà en difficulté, car la BoE laisse entendre que le Royaume-Uni est déjà entré en récession : “Le personnel de la banque s’attend désormais à une contraction de 0,1 % du PIB au troisième trimestre, un deuxième trimestre consécutif de baisse. C’est la définition généralement acceptée de une récession.

En remontant ses taux alors que le gouvernement tente de relancer l’économie, la BoE pourrait aussi aggraver son contentieux avec l’exécutif.

Lors de sa campagne pour la succession de Boris Johnson, Mme Truss a critiqué la BoE, l’accusant de ne pas avoir agi assez rapidement et promettant de revoir son statut.

La livre grimpait de 0,03% à 1,1273 dollar vers 15h55 GMT (17h55 à Paris) mais peinait à s’éloigner de son plus bas depuis 1985 atteint en début de séance, à 1,1212 dollar, dans la foulée de la décision. de la Féd.

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