4 romans empreints d'écologie en cette rentrée littéraire 2022

4 romans empreints d’écologie en cette rentrée littéraire 2022

C’est une sélection éclectique d’ouvrages que nous vous proposons dans ce guide de la rentrée littéraire. Chacune de ces structures a une dimension écologique à sa manière.

Chaque retour littéraire est marqué par les préoccupations de son temps. C’est ainsi que le travail de Virginie Despentes attise nos peurs et nos espoirs sur les réseaux sociaux ; que Laurent Gaudé construit une ville dystopique angoissante ; ou qu’Anthony Doerr questionne l’utopie.

Mais qu’en est-il de la thématique environnementale – ou plutôt de la métamorphose de notre rapport au vivant ? Il n’est pas seulement présent dans les livres de SF de la rentrée. Qu’il s’agisse de romans historiques, de romans fantastiques, de romans de science-fiction ou de romans de survie, nous vous présentons 4 œuvres de la rentrée littéraire 2022 qui montrent comment la littérature peut singulièrement nourrir nos imaginaires écologiques.

Le dernier des siens (Sibylle Grimbert)

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Source : éditions Anne Carrière

Le roman de Sibylle Grimbert est la petite merveille écologique de cette rentrée littéraire. Elle est puissante derrière sa douceur. Nous sommes au XIXe siècle, lorsqu’un jeune zoologiste sauve un grand pingouin d’un massacre. Il entreprend alors un voyage pour le rapatrier, et ainsi le protéger, sans se rendre compte immédiatement qu’il s’agit du dernier individu de son espèce.

Sibylle Grimbert ne se contente pas de décrire une forme d’amitié entre un humain et un animal. Elle parvient à le faire sans caricaturer. Le dernier des siens n’est pas une fable qui transformerait ce pingouin en un animal humanisé. Au contraire. C’est en préservant la frontière entre les deux espèces qu’elle décrit cette relation, jouant ainsi sur d’autres sources d’empathie plus profondes. Ça marche : on s’attache autant à l’humain, Auguste, qu’à l’animal, Prosp.

Sibylle Grimbert nous invite magnifiquement à repenser la cohabitation entre l’homme et la nature. Être au monde n’est pas réservé qu’aux humains. Le dernier des siens est un rappel poétique et doux.

Vers la terre (Sue Rainford)

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Source : Aux forges de Vulcain

Entre fantastique, horreur et poésie, Jusqu’au sol est atypique à bien des égards. Le roman de l’auteure irlandaise Sue Rainford ressemble moins à une histoire classique qu’à une expérience littéraire. Vous y trouverez des guérisseurs – Ada et son père – dont le rôle est d’ouvrir les entrailles pour soigner. Mais quand le mal est trop enraciné, le patient est mis sous terre pour qu’il puisse faire son œuvre bienfaisante. Mais attention à la métamorphose — parfois monstrueuse — qui peut avoir lieu.

Dans sa représentation du lien entre les personnages et la terre, l’écriture de Sue Rainford rappelle celle de Mary Shelley dans Legacy of the Dernier homme pour les environnements et Frankenstein pour le corps. C’est une représentation étrangement gothique du monde et de la nature, résultant en une œuvre organiquement terreuse.

Une traduction de Francis Guévremont. 224 pages.

Les chansons de Nüying (Émilie Querbalec)

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Source : Albin Michel

Dans cinq siècles, imaginez que nous découvrions une exoplanète lointaine portant enfin des signes de vie biologique : Nüying. Ces signes ne sont autres que des chants, très similaires à ceux des baleines sur Terre. Brume est bioacousticienne et c’est pour cette spécialité que nous avons besoin d’elle. Elle embarque alors sur un cargo spatial pour un voyage interstellaire.

Sur le papier, c’est un opéra spatial – un roman de science-fiction sur l’exploration spatiale dans un nouveau monde. Et, oui, l’auteur nous emmène dans une belle aventure, étayée par de solides recherches scientifiques. Mais ce n’est pas tout : une belle histoire écologique se cache derrière l’épopée racontée par Émilie Querbalec.

Chants de Nüying est en fait un roman sur le vivant — de la co-évolution à la communication inter-espèces, en passant par le questionnement de la notion même d’intelligence ou le souci de préserver les écosystèmes aussi au-delà de la Terre. Toute la structure du roman d’Émilie Querbalec repose sur un amour palpable de la nature. Et cela fait du bien dans un roman qui évoque pourtant un grand voyage spatial. L’auteur confronte subtilement les préoccupations transhumanistes, le gigantisme technologique d’une quête interstellaire, aux enjeux écologiques. Pour ne rien gâcher, la plume fluide d’Émilie Querbalec porte un roman captivant qui se déguste comme un tourne-page.

480 pages.

Et la forêt brûlera sous nos pieds (Jens Lijestrand)

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Source : éditions Sinon

L’œuvre de l’écrivain suédois Jens Lijestrand est à la fois un roman sur la société de consommation et un roman sur le réchauffement climatique, sur une société qui part en fumée faute de réaction. Et Jens Lijestrand teste précisément les réactions de ses personnages. Le point de départ : en plein été, les incendies de forêt se succèdent et Didrik s’y retrouve piégé avec sa famille. Mais le travail de Didrik est aussi d’intervenir dans les médias.

Et la forêt brûlera sous nos pieds place la responsabilité individuelle au cœur de son histoire, comme pour chercher à relier l’impensable : le destin d’une planète et celui de chacun individuellement. Dans un navire, chaque choix compte-t-il ?

Une traduction d’Anna Postel. 528 pages.

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